La mort de Nessus

À la loupe

La Mort de Nessus
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L’Histoire de « La mort de Nessus », tableau réalisé vers 1870, est tirée des Métamorphoses d’Ovide (Livre IX) : Hercule avait confié son épouse Déjanire au centaure Nessus afin qu’il lui fasse traverser la rivière Evenus. Mais le centaure Nessus tente d’enlever Déjanire pour la violer, après avoir traversé le fleuve en crue : Hercule le tue en le transperçant d’une flèche empoisonnée du venin de l’Hydre de Lerne.

Dans cette scène dramatique Delaunay prend plaisir à modeler les formes sur celles des Carrache et de Pierre de Cortone. La figure de Déjanire, enlevée par cet homme-cheval est troublante.

La composition, construite sur des horizontales successives, est rehaussée par une palette sourde qui rappelle celle de Gustave Moreau, son ami rencontré à Rome.

L’oeuvre encadrée par deux massifs d’arbres, se décline selon deux plans :
Hercule, au second plan et Nessus et Déjanire au premier plan.

La rivière (Evenus) coupe la scène en deux, nous guidant en biais de droite à gauche.

Au fond, sur le bord supérieur gauche, on distingue une citadelle qui ressemble à une petite ville italienne des Apennins.

Le centaure pris pour cible par Hercule trébuche, alors qu’il tente d’escalader la rivière en crue.

Le cri de douleur de Nessus renvoie à celui de Déjanire qui se tourne vers Hercule, les bras levés.

De même, la main de Nessus qui tente d’ôter la flèche fait écho aux mains dressées de Déjanire.

Le sujet fut souvent traité au XVIIe siècle, notamment par les Italiens et les Flamands.
La dramatisation de la scène rappelle L’Enlèvement de Déjanire par Nessus de Guido Reni (réalisé vers 1617 à Paris et conservé au musée du Louvre) ou à Hercule, Déjanire et le Centaure Nessus d’Adriaen de Vries (réalisé vers 1608 à Paris et conservé au musée du Louvre), oeuvres que Delaunay devait connaître.

Les couleurs sourdes dominent, seuls les détails des vêtements de Nessus et Déjanire sont éclairés. La touche, fragmentée, aux petits éclats de lumière, reste limitée aux ocres, bruns et verts.
Le trio de couleurs rouge-bleu-jaune de la robe de Déjanire, centralise le regard sur les personnages.
Gustave Moreau, ami intime de Delaunay, fut influencé par lui; il reprendra cette tonalité dans son Déjanire en 1872-1873, tableau conservé au Getty center de Los Angeles.

On distingue nettement un « repentir », une modification de la peinture initiale : Delaunay avait placé à cet endroit le pied du centaure, donnant même un éclaboussement dans l’eau

Le musée des Beaux-arts de Nantes conserve le dessin préparatoire à cette oeuvre, une figure d’Hercule tirant à l’arc.
Il existe une autre version de cette peinture, conservée au Musée de Tondern au Danemark (ancienne collection Magnusen).